Témoignage

 

Extrait de : « Fant de Loup. » Avec l’aimable autorisation de Liliane Lucet-Ponzio.

L'histoire se passe vers 1950

On était aux premiers jours de l'hiver. Comment je peux être aussi sûre? A tant d'années de distance? C'est simple, on manoque dans la pièce du fond, les dernières piles de tabac.

Le Maurice Bouscaillou et l'Henri Besse ont commencé les balles, qu'ils attachent en serrant de toutes leurs forces, avec des vimes. .

Parce que demain on livre à St-Cyprien.

Mes mains sont juste assez grandes, mais vraiment tout juste, pour contenir, entre le pouce et l'index, les vingt-cinq feuilles rousses d'un tabac, comme vous ne pouvez pas savoir.

Le tabac d'avant, c'est comme le champ de blé qui trotte dans ma tête, vous savez le blé aux coquelicots et aux bleuets mélangés. C'était une odeur, un spectacle, une ambiance...on parle, on rit, on rêve...on se dit que peut-être, mais seulement peut-être, et on se le dit dans la tête, rien qu'en pensée, que... cette année, si on a de la chance, le tabac aura une bonne cote, ou encore une cote à peu près. Ça arrive des fois...

Les hommes partent livrer. Les femmes attendent.

Ils rentreront tard, heureux ou malheureux. Parce qu'après, quand enfin on reçoit l'argent du tabac, qui va servir à payer le docteur, l'épicier, les quelques habits des petits, que ça coûte à vêtir ces tresquils de drôles...et voir si on pourrait pas mettre l'Annette au collège, qu'elle a bonne tête a dit la maîtresse...Après donc, on va vider un verre, pour commencer, à l'hôtel du foirail, celui qui se trouve à deux pas de la Manufacture des Tabacs. Le verre de la fête, ou de l'oubli....

Pendant ce temps, nous on attend notre pépé. A ses yeux tout de suite on saura. Notre pépé n'a pas besoin de parler, il lui suffit de garder les yeux bien ouverts, et on voit tout de suite ce qu'il promène dans son coeur. En attendant, puisqu'on ne sait pas de quoi demain sera fait, profitons d'aujourd'hui...

Vous savez comment se préparait le tabac, du temps de mes huit ans...qu'il n'y a pas si longtemps... Je ne vais pas vous expliquer, bien que j'en sois parfaitement capable, le tabac, du début à la fin.

Je vais vous apprendre simplement à confectionner une manoque...que ça se fait plus de nos jours. On prenait les feuilles, une à une, entre le pouce et l'index, et on les alignait, bien serrées, au nombre de vingt-cinq. Puis d'un mouvement vif, pas si facile à réaliser, on faisait une spirale, et on attachait l'ensemble d'une dernière feuille. Le résultat avait pour nom manoque. On allait en soirée manoquer les uns chez les autres. S'il n'y avait pas classe le lendemain, les enfants suivaient, et participaient largement, sans qu'on leur demande leur avis...

 

Nicotiana tabacum

Petite histoire du tabac

1492 Christophe COLOMB découvre le tabac à Cuba et l'importe pour la première fois en Europe.

1560 Le tabac triomphe en France grâce à Jean NICOT. Celui-ci, croyant à l'effet curatif de la plante, envoie de la poudre à la Reine Catherine de Medicis afin de traiter les terribles migraines de son fils François II. Le traitement a du succès et le tabac devient ainsi “l'herbe à la Reine” dont la vente sous forme de poudre est réservée aux apothicaires. En l'honneur de Jean NICOT on appelle le tabac à partir de maintenant “Nicotiana Tabacum”.

1674 Sous Louis XIV, COLBERT décrète le “Privilège de fabrication et de vente”, d'abord affermé à des particuliers, puis à la seule Compagnie des Indes. La tabaculture devient un Monopole.

1719 La culture est prohibée dans toute la France avec des condamnations qui peuvent aller jusqu'à la peine de mort.

1791 L'Assemblée Nationale déclare la liberté de cultiver, de fabriquer et de débiter le tabac.

1810 Avec Napoléon Ier, le Monopole exploité par l'Etat est rétabli.
A partir de 1816, l'autorisation de culture est donnée, petit à petit, à quelques départements.
1950 : Le tabac est cultivé dans 55 départements.

 

 

DE LA CULTURE DU TABAC EN PÉRIGORD ET DES AVANTAGES DE CETTE CULTURE POUR LA PETITE PROPRIÉTÉ

Annales de la société d'agriculture Sciences et Arts de la Dordogne XX, 1859

L'expérience de la plantation du tabac qu'on vient de faire en Périgord avec un succès qui a dépassé toutes les prévisions... il reste un bénéfice net, par hectare, d'environ 750 fr., somme qui représente plus du double d'une excellente récolte en maïs, peut-être même plus du triple.

Tout le monde sait que le tabac se sème sur couche, qu'il se repique en quinconces, qu'il exige plusieurs labours (sarclages, buttages ou binages), qu'il faut dècimer, le pincer ou ébourgeonner, l'effeuiller par le bas pendant qu'il est sur pied. Or, tout cela ne pouvant être bien fait qu'à la main, non-seulement ne demande le secours d'aucune machine, mais encore le repousse. Quand la plante est mûre, il faut la récolter, la faire sécher; détacher les feuilles de la tige, les manoir et les empaqueter. Comme les premières opérations, celles-ci ne peuvent pareillement s'exécuter qu'à la main. A part donc une bonne charrue pour préparer la terre, la production du tabac n'exige rien de cet outillage extraordinaire et dispendieux que la grande culture emploie pour l'exploitation des terres, et que le petit propriétaire ne peut pas se procurer. Le tabac est par conséquent la plante propre par excellence à la petite culture, et doit être considéré comme un immense bienfait pour le Périgord , pays essentiellement voué à la petite culture.

 

 

et aujourd'hui...

la Dordogne produit 23% de la production nationale (1700t pour 450ha cultivés par 327 producteurs). Le tabac procure une part importante du revenu global des exploitations, moyennes et petites, qui le cultivent, utilise une main d'oeuvreà la fois familiale et salariée. Toute la production transite par France Tabac, un groupement de producteurs reconnu par le Ministère de l'Agriculture.

Le département est bien representé dans la filière avec en plus:

- à Bergerac un musée (musée national du tabac) , un centre de recherche (l' Institut du tabac) et un centre expérimental (Périgord tabac)

- à Sarlat, l'usine de transformation de France tabac

 

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